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Troisième mandat d’Alassane Ouattara:un cas de conscience posé à Paris

En vacances en France depuis quelques jours, le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), était invité, le 4 septembre 2020, à déjeuner à l’Elysée par son homologue français, Emmanuel Macron. Une visite qui n’aurait peut-être pas eu tant d’écho, si elle n’intervenait pas en plein débat sur la question du troisième mandat de l’enfant de Kong, que lui conteste l’opposition. En effet, de Henri Konan Bédié à Pascal Affi N’Guessan en passant par Guillaume Soro, ils sont nombreux, les opposants ivoiriens, à s’exprimer sur la question et attendaient de Macron qu’il recadre le locataire du palais de Cocody qu’il avait « chaudement » félicité en son temps, et dont la candidature à présent, aux termes d’une lettre ouverte du président du Front populaire ivoirien (FPI), non seulement « contredit son engagement de ne pas concourir pour un troisième mandat, exprimé solennellement devant la Représentation nationale réunie en congrès le 5 mars dernier à Yamoussoukro », mais aussi « intervient en violation de la loi fondamentale de la IIIè République, dont il est le garant ». 

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Sous nos tropiques, quand on a le soutien de Paris, on est presqu’assuré d’être adossé à du roc

Dès lors, l’on comprend pourquoi le président ivoirien était accompagné d’une forte délégation de ministres et de hautes personnalités du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix), au cours son séjour parisien. Car, tout porte à croire que si l’opposition ivoirienne a activé la fibre de l’ancienne puissance colonisatrice, c’est en raison du poids resté intact de la France, soixante ans après les indépendances, dans le choix des dirigeants devant présider aux destinées de nos Républiques bananières. Autrement dit, dans la course à l’échalote sous nos tropiques, quand on a le soutien de Paris, on est presqu’assuré d’être adossé à du roc. Au contraire, un désaveu de l’ancienne métropole peut être un handicap difficile à surmonter. Au passage, on peut, tout de même, relever l’incohérence de la classe politique africaine, souvent prompte à pointer du doigt le paternalisme de la France, et qui se retrouve parfois paradoxalement à demander à Paris de se prononcer sur des affaires purement internes. En tout cas, c’est donc clair. Le président n’a pas voulu se jeter dans les eaux troubles de la lagune Ebrié qui foisonne de sauriens  de toutes espèces, en prenant une position tranchée, dans un sens ou dans l’autre, par rapport à cette candidature contestée de Ouattara, qui n’a pas finit de faire des vagues. Ce qui est perçu par certains comme un soutien tacite. Car, au-delà de la recevabilité de cette candidature en termes de légalité ou de légitimité, de toute la classe politique ivoirienne, Alassane Ouattara apparaît aujourd’hui, aux yeux d’une certaine opinion,  de loin comme celui qui représente le mieux les intérêts français en Côte d’Ivoire. Or, pour reprendre les propos d’un éminent homme politique français, « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». C’est pourquoi, au nom de ses intérêts, il ne fallait pas s’attendre à voir Paris lâcher celui qui, à tort ou à raison, est présenté aujourd’hui plus qu’hier, comme son Homme en Eburnie. 

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Les interpellations de l’opposition ivoirienne sonnent comme un cas de conscience posé à Paris

Et puis, rien ne dit que cette rencontre ne constituait pas une occasion  pour passer en revue tous les scenarii possibles et leurs conséquences éventuelles.  C’est dire si comme au Congo de Denis Sassou Nguesso quelques années plus tôt,  on ne pouvait que s’attendre, à défaut d’une position tranchée, à voir Paris botter en touche et jouer au funambule à travers l’une de ces formules sibyllines dont elle seule a le secret. Mais en même temps, ces interpellations de l’opposition ivoirienne sonnent comme un cas de conscience posé à Paris dont la logique, dans la défense des principes démocratiques sous nos tropiques, manque parfois de lisibilité au point que l’on se demande si elle n’est pas faite par moments à la tête du client.

 « Le Pays »

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