Nishamag

La Côte d’Ivoire renforce le suivi de la distribution des médicaments

By Issiaka N’Guessan

[ABIDJAN] Pour renforcer la lutte contre le fléau des faux médicaments, la Nouvelle pharmacie de la santé publique de Côte d’Ivoire (NPSP-CI), la centrale publique d’achat et de distribution du médicament, met en place un dispositif supplémentaire pour la traçabilité des médicaments.

Selon les explications de Zoulou Koré, directeur du système d’information, de la planification et du suivi des opérations à la NPSP-CI, un système a été mis en place pour assurer le contrôle des camions de livraison à travers deux technologies.

La première est que tous les camions de la NPSP-CI sont trackés à l’aide d’un GPS[1]. « Mais, nous avons estimé que le système de tracking des camions, seul, ne suffisait pas. Nous devons nous assurer que le camion est ouvert au bon endroit », explique ce dernier.

D’où la deuxième technologie qui consiste en un cadenas intelligent ou « smart key ». Celui-ci émet un signal qui est en corrélation avec la base de données du client. « Donc, on ne peut ouvrir un camion de la NPSP-CI en dehors du circuit établi ou en dehors des centres de santé », affirme Zoulou Koré. 

“Nous avons estimé que le système de tracking des camions, seul, ne suffisait pas. Nous devons nous assurer que le camion est ouvert au bon endroit”

Zoulou Koré, NPSP-CI

Ce dispositif vient renforcer le mécanisme existant qui consiste en la préqualification des fournisseurs, le contrôle de qualité des médicaments, l’utilisation de codes-barres à un niveau primaire pour le transport des colis, ainsi que la sécurisation des installations par la vidéosurveillance, etc.

A l’Ordre national des pharmaciens de Côte d’Ivoire, on croit en l’efficacité de ce dispositif, du moins en ce qui concerne la protection et la sécurisation du circuit conventionnel de vente du médicament.

« Les acteurs de l’achat et du transit sont connus ; ils ont en interne une politique qualité, une exigence pour empêcher toute intrusion de faux médicaments dans le circuit », affirme Hervé Boni, le secrétaire général.

« A l’Ordre, on a mis en place le Comité de veille et Le risque qu’un faux médicament rentre dans le circuit est quasi nul », martèle ce dernier.

Pour autant, les différents acteurs sont unanimes pour dire que toutes ces précautions humaines et technologiques ne vont pas endiguer la présence de faux médicaments sur le marché ivoirien, avec le marché Roxy à Abidjan comme plaque tournante.

« Nos frontières sont poreuses, des produits rentrent dans des pirogues, dans des camions. Plusieurs usines de faux médicaments ont été démantelées », rappelle Hervé Boni.

50 milliards de pertes en 2019

Pour Yves Aka, président de la Fédération nationale des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire, « c’est écœurant de nous rendre compte que les vendeurs de médicaments courent les rues en Côte d’Ivoire. A Abidjan, il y a Roxy. C’est connu de tous, c’est un marché à ciel ouvert. C’est une grande “pharmacie” de vente de faux médicaments »

D’ailleurs le jeudi 3 septembre dernier à Bouaké, la deuxième ville ivoirienne, 7,8 tonnes de faux médicaments étaient saisis et incinérés par les autorités. Au même moment, l’on apprenait d’Edith Kouassi, la conseillère du ministre de la Santé et de l’hygiène publique que l’Etat a perdu 50 milliards de FCFA en 2019 du fait des faux médicaments.

D’où les réserves de Mahama Ouattara, enseignant-chercheur en chimie médicinale à l’université Félix Houphouët-Boigny, à Abidjan. Interrogé par SciDev.Net, ce dernier soutient que cette sécurisation « reste largement insuffisante ». Et de préciser : « pas en termes de textes ni de dispositions mais en termes d’actions. »

En effet, face à l’inondation du marché ivoirien par les faux médicaments, Mahama Ouattara qui est également expert de l’OMS[2], de l’UEMOA[3] et de la CEDEAO[4] en matière de réglementation du médicament estime que « il n’y a pas de vide juridique, il y a un vide dans l’action ; il y a une complaisance dans l’application des textes. Les contrôles post-commercialisation sont rares du fait du coût élevé des réactifs, associé à la réduction drastique du budget du laboratoire national de contrôle qualité ».

« Il y a un défaut de contrôle alors qu’aucun produit ne doit et ne peut être mis sur le marché sans l’autorisation de mise sur le marché. Une fois qu’on applique de façon pragmatique les décisions adoptées, c’est fini » assure Mahama Ouattara.

Industrie locale

Pour ce chercheur, maîtriser le flux des faux médicaments passe par le développement de l’industrie pharmaceutique locale comme recommandé dans la Déclaration d’Abidjan de février 2019 relative à l’industrialisation de l’Afrique de l’Ouest en pôles d’excellence, traduite en politique nationale.

Une démarche qui pourrait entraîner une réduction des coûts. Car, dit Yves Aka, « le pouvoir d’achat est très faible, toute chose qui nous pousse à acheter une plaquette de médicament à 200 FCFA pour une maladie qui va conduire à une dépense de 1 million FCFA. Mais, le raccourci n’est pas la solution ».

Aussi, en attendant cette industrialisation, Yves Aka s’en remet-il à la responsabilité du patient. « Si le faux médicament n’est plus acheté, il sera retiré naturellement du circuit. J’en appelle à la conscience des consommateurs »

A ce propos, Zoulou Koré, souligne qu’au bout de la chaîne du nouveau dispositif que met en place la NPSP-CI, l’acheteur du médicament en pharmacie peut scanner le produit à l’aide de son téléphone pour vérifier son authenticité.

Cette démarche de la NPSP-CI s’inscrit dans le cadre du projet MEDTIC (Développement de nouvelles technologies pour la surveillance du marché et la lutte contre les médicaments de qualité inférieure et falsifiés) qui est en cours dans une quinzaine de pays dans le monde.

References

[1] Global Positioning System (Système mondial de positionnement) [2] Organisation mondiale de la santé [3] Union économique et monétaire ouest-africaine [4] Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest

This article was originally published on SciDev.Net. Read the original article.

1 commentaire

Laisser un commentaire

  • […] Pour Yves Aka, président de la Fédération nationale des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire, « c’est écœurant de nous rendre compte que les vendeurs de médicaments courent les rues en Côte d’Ivoire. A Abidjan, il y a Roxy. C’est connu de tous, c’est un marché à ciel ouvert. C’est une grande “pharmacie” de vente de faux médicaments »D’ailleurs le jeudi 3 septembre dernier à Bouaké, la deuxième ville ivoirienne, 7,8 tonnes de faux médicaments étaient saisis et incinérés par les autorités. Au même moment, l’on apprenait d’Edith Kouassi, la conseillère du ministre de la Santé et de l’hygiène publique que l’Etat a perdu 50 milliards de FCFA en 2019 du fait des faux médicaments.D’où les réserves de Mahama Ouattara, enseignant-chercheur en chimie médicinale à l’université Félix Houphouët-Boigny, à Abidjan. Interrogé par SciDev.Net, ce dernier soutient que cette sécurisation « reste largement insuffisante ». Et de préciser : « pas en termes de textes ni de dispositions mais en termes d’actions. »En effet, face à l’inondation du (…) Lire l’article sur Nishamag.com […]

Your Header Sidebar area is currently empty. Hurry up and add some widgets.

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!